L’avenir s’annonce radieux

En 3013, Marseille fêtera les 500 ans de son indépendance. C'est en effet le 1er janvier 2513 que la Cité phocéenne a obtenu de Paris son statut de Ville-Etat, une première en France depuis Monaco.

Si les festivités s'annoncent grandioses sur le Vieux-Port où l'on attend 13 millions de personnes, il convient de revenir un peu plus en arrière pour mesurer toute la signification de cette célébration.

En effet, l'histoire commence en... 2014. Cette année là, c'est Juste Etienne qui est élu maire, à la surprise générale, devant Jean-Claude Tapenade, qui se représentait pourtant pour un 35e mandat et soutenu par le syndicat Force Obscure.

Mais Juste Etienne avait su trouver l'argument qui allait transformer cette campagne électorale et, par la suite, le destin de la ville.

A cette époque, et c'est à peine croyable aujourd'hui, Marseille était une ville très pauvre, avec un taux de chômage de 12%, des quartiers parmi les plus insalubres d'Europe, un taux d'alphabétisation parmi les moins élevés de France, une jeunesse qui s'entretuait dans des règlements de compte liés au trafic de drogue, des partis politiques sclérosés, un racisme latent, une ville endettée jusqu'au cou et des habitants qui fuyaient dès qu'ils le pouvaient dans la campagne aixoise.

Mais Juste Etienne allait renverser la situation. Pendant sa campagne, il promit de révéler l'emplacement du site de Pétro-Pastis, dont tout le monde sait aujourd'hui qu'il se trouve au large du Frioul. Mais à l'époque, tout le monde avait oublié l'existence de cette poche de plusieurs milliards de barils qui présentait l'extraordinaire avantage de pouvoir disposer d'une source d'énergie comparable au pétrole mais bien moins polluant qui, en plus, pouvait se boire à l'apéro !

Juste Etienne fut brocardé par tous ses adversaires comme un populiste, un menteur, un fou dangereux. Mais le corps électoral de Marseille, habitué depuis des années au système clientéliste, n'a même pas demandé de preuves pour apporter son vote à celui qui les faisait le plus rêver. Il faut dire qu'à cette époque, rêver était la seule solution pour supporter le quotidien.

Mais là où l'histoire a pris vraiment tournure, c'est quand Juste Etienne a bel et bien annoncé, 2 ans plus tard, que le site de Pétro-Pastis avait bien été repéré et que la production allait démarrer.

Là, en quelques années, entre 2018 et 2025, la vie des habitants de Marseille allait complètement basculer. Et avec elle, le monde entier.

Car le Pétro-Pastis arrivait à point nommé pour régler des situations qui semblaient inextricables

En effet, à cette époque, le réchauffement climatique avait atteint un tel degré que Bruxelles avait décidé d'équiper toutes les vaches d'un système de récupération des émanations de méthane produite par leurs flatulences pour tenter d'endiguer le phénomène.

C'est également à cette période-là que sévissaient les terroristes de Daesh en répandant la mort et la terreur dans toute l'Europe. Ils se servaient du pétrole présent dans le sol de leur soit-disant califat pour financer leur Djihad.

Enfin, l'économie française n'arrivait pas à sortir de la crise financière de 2008 et le chômage n'avait jamais été aussi élevé, ce qui faisait le bonheur du Front National, parti d'extrême droite qui pouvait sérieusement prendre le pouvoir aux élections de 2017, 2022 ou 2027.

En un tour de main, le Pétro-Pastis, a réglé ces 3 problèmes.

Moins polluant que le pétrole, il a d'abord été progressivement adopté par toutes les industries d'Europe, ce qui a permis de diminuer le risque de réchauffement climatique.

La demande de pétrole au Moyen Orient a alors chuté de façon drastique. Les pays producteurs, voulant protéger le peu qui leur restait de marché, ont arrêté d'acheter le pétrole de Daesh. En quelques mois, Daesh n'eu plus les moyens d'administrer son califat et encore moins de mener des attaques terroristes.

Mais surtout, une mission d'infiltration de faux djihadistes envoyés de l'Estaque a converti la plus grande majorité des jeunes venus de l'Europe entière au Pétro-Pastis. Leur faisant croire que la substance était d'origine divine et qu'elle guérissait bien les maux de ventre, ils ont réussi à transformer les apprentis djihadistes en alcooliques.

Incapable de mettre un pied devant l'autre, ni de porter une
arme, ils ont été convertis en quelques jours, et ont été transféré dans un sanatorium sécurisé installé à Plan de Campagne où ils peuvent s'adonner à toutes les beuveries inimaginables.

Enfin, le Pétro-Pastis a permis en une seule année de rendre la balance commerciale de la France excédentaire de plusieurs milliards d'euros. Les plus grandes entreprises du monde comme Apple, Facebook ou Google ont déserté la Silicon Valley pour venir s'installer dans les quartiers Nord de Marseille. La dette de la France a été résorbée en 3 ans et plus personne n'est depuis obsédé par la règle des 3% du traité de Maastricht.

Le Pétro-Pastis a ainsi sauvé Marseille, la France et le monde libre. Et l'avenir s'annonçait radieux. Car la réserve de Pétro-Pastis est perpétuellement renouvelée par les hectolitres de pisse déversés chaque jour par les Marseillais dans le réseau d'eau usée qui a été directement connecté à la réserve au large du Frioul. En effet, par un heureux hasard biologique, le mélange des pipis des Marseillais venus des quatre coins du monde depuis des centaines d'années génère le substrat idéal pour provoquer la fracture hydraulique douce nécessaire pour la formation du Pétro-Pastis. Encore aujourd'hui, les chercheurs continuent de s'interroger sur le processus qui permet un tel miracle.

Du jour au lendemain, la vie des Marseillais a ainsi été transformée de fond en comble. En mettant en place un fond de solidarité alimenté par les revenus du Pétro-Pastis, chaque Marseillais reçoit chaque mois de Juste Etienne, 5 000 euros. Juste Etienne a été réélu à chaque élection et à sa mort, la ville a édifié une statue de 10 mètres de haut devant le Vieux-Port.

La question qui a commencé à tarauder les Marseillais fut alors celle-ci, où prendre l'apéro? Et c'est une question qui se posait dès potron minet. Car, conscient désormais de leur rôle de pacificateur dans leur ville, dans le pays et dans le monde entier, ils se faisaient un devoir de boire chaque jour au moins 20 Pétro-Pastis pour pouvoir ensuite aller se soulager et régénérer la source.

Les bars poussaient comme des champignons et c'était à celui qui proposait les toilettes les plus originales pour attirer les clients. Des touristes du monde entier remplissaient les hôtels qui s'étaient transformés en établissement thermal de Pétro-Pastis. On prenait des bains de Pétro-Pastis, on nageait dans des piscines de Pétro-Pastis, on montait sur les rooftops qui organisaient des soirées de Pétro-Pastis, des concours de Pétro-Pastis avaient remplacé les lotos de quartier, les bus, les trams roulaient au Pétro-Pastis quand le conducteur arrivait à entrer dans la cabine. Les taxis offraient des Pétro-Pastis et il ne se passait pas un matin où deux automobilistes, pour qui le devoir de boire l'apéro avaient été érigé en éthique de vie, ne s'arrêtent en plein carrefour pour régler leur différent à coup de Pétro-Pastis. Les dealers de drogue avaient vu leur business fondre comme neige au soleil car les clients n'arrivaient plus à venir dans les cités.

La ville, qui ne savait quoi faire de l'argent, inaugurait chaque année un nouveau musée où la population glandait le jour avant de se déhancher le soir venu sur les DJ les plus connus de la planète. Les cinémas, les théâtres, les salles de concert affichaient complet chaque jour... pas étonnant, tout était gratuit.

Des écrivains majeurs et des penseurs essentiels à notre compréhension du monde se révélèrent aux yeux du monde entier depuis Marseille. Des films étaient tournés chaque jour dans la ville qui attirait aussi bien les stars d'Hollywood que des cinéastes indépendants. Georges Clooney s'installa au Vallon des Auffes, Tarantino au Camas, Scarlett Johansson à Saint-Just.

L'Olympique de Marseille, le célèbre club de foot acheta les plus grands joueurs, gagna 10 fois de suite le championnat et la champion's league. Et puis, lassé de son succès, le club racheta le Paris Saint Germain que les Quataris avaient abandonné suite à leur déboire économique.

L'OM racheta ensuite le Barça, le Bayern, Chelsea, le Real de Madrid, Manchester United et créa un nouveau championnat de foot Pétro-Pastis dont les règles ont ensuite été adoptées par la FIFA dont le siège a été installé en haut de la Canebiere. Il ne s'agissait plus seulement de mettre le ballon dans le but adverse, mais il fallait surtout jouer au foot avec un verre de Pétro-Pastis à la main, et à chaque action manquée, le joueur devait boire son verre.

Le jeu s'est quelque peu ralenti, la morphologie des joueurs a évolué, il n'y avait plus que des blessés du foie. Les spectateurs, qui recevaient chacun un litre de Pétro-Pastis à l'entrée des stades, étaient aux anges. Enfin, les joueurs leur ressemblaient !

Le foot ne fut pas seulement le seul sport touché par le Pétro-Pastis. Les cyclistes du Tour de France
carburaient au Pétro-Pastis, de même que les nageurs, les joueurs de tennis, les basketteurs et les golfeurs, volleyeurs, judokas. D'un coup, tous les sports devenaient accessibles aux plus alcooliques. En fait, un seul sport ne fut pas touché par le phénomène. Un sport d'avant garde qui avait compris depuis bien longtemps que la compétition n'était pas une fin en soi et qui avait déjà entrainé ses joueurs à un alcoolisme bon enfant : la Pétanque.

Mais le coup de génie des Marseillais, qui faisaient quand même des envieux en dehors de leur frontière, a été de prendre comme femme de ménage et chauffeur tous les habitants de la ville d'Aix, devenus smicards, car ceux-ci les avaient longtemps traités de sous-merde. C'était un peu la revanche de la plèbe sur la bourgeoisie.

La ville faisait rêver dans le monde entier et des cohortes de jeunes et de familles souhaitaient s'installer dans la cité. Mais la chose n'était pas facile. Car pour devenir Marseillais et profiter de la rente du Pétro-Pastis, il fallait passer un certain nombre d'épreuves sur lesquelles tout le monde ou presque se cassait les dents. Il y avait évidemment le concours d'entrée avec l'obligation de boire 20 Pétro-Pastis en une heure dans un bar PMU du Redon.

Il fallait encore donner la composition exacte de l'OM qui avait gagné la première Champion's league en 1993, passer sur le dancefloor pour danser le Mia, s'habiller en survêtement pendant un mois et rouler dans une voiture tuning pour les hommes, se transformer en cagole pour les filles et pour les enfants, fumer son premier pétard à 12 ans. Mais l'épreuve finale, celle qui faisait chuter quasiment tous les candidats, c'était celle de rester TRINKILL pendant 1 an. Il ne fallait absolument rien faire, n'avoir aucune initiative, ni réaction, ni créativité, même pas un coup de gueule. Il fallait rester là, sans rien faire, en attendant que le temps passe lentement.

Avec cette série d'épreuves, la population de Marseille est restée quasiment stable en 1000 ans et l'âme de la ville ne s'est pas envolée avec les milliards d'euros du Pétro-Pastis.

Stéphane Sarpaux, pour le collectif Marseille3013

L’avenir s’annonce radieux
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Publié le 08/11/16
Posté par stéphane sarpaux
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